Faire carrière en Afrique : 3 conseils pour réussir

Faire carrière en Afrique : 3 conseils pour réussir

Les employés africains sont assez optimistes quant au marché du travail. Selon l’enquête sur le marché de l’emploi en Afrique au premier trimestre 2018, 51 % des salariés étaient contents de la situation du marché de l’emploi, tandis que 69 % croyaient que la situation future du marché du travail s’améliorerait au cours des six mois suivants.

Un remarquable changement de perception de l’Afrique s’est opéré, désormais une destination attrayante, où la croissance économique contraste fortement avec le ralentissement mondial. Voici ce qu’en disent les consultants Ernst & Young : « D’ici les années 2040, nous ne doutons pas que des pays comme le Nigeria, le Ghana, l’Angola, l’Égypte, le Kenya, l’Éthiopie et l’Afrique du Sud seront classés parmi les moteurs de croissance de l’économie mondiale. » Cette confiance est étayée par les recherches d’autorités internationales telles que le FMI, le cabinet de conseil McKinsey, la Banque mondiale et la BAD.

Le boom de l’Afrique a été largement favorisé par son énorme réservoir de ressources naturelles. Les premières industries à en bénéficier ont été le pétrole, le gaz et l’exploitation minière. Mais aujourd’hui, les secteurs des banques, finances, TIC et télécoms, services professionnels, soins de santé, infrastructures, éducation, commerce de détail, industrie, commerce de détail, hôtellerie et biens de consommation à rotation rapide offrent de nouvelles opportunités.

Afrique en plein boom, mais…

Pour pérenniser ces succès et faire en sorte que la croissance profite à la majorité de sa population, le continent doit créer plus rapidement des emplois rémunérés. On ne peut ignorer que l’Afrique souffre de fuite des cerveaux. Les scientifiques africains sont plus nombreux aux États-Unis que sur l’ensemble du continent africain.

Attirer assez de talents reste le plus grand casse-tête pour les entreprises africaines. « Il n’y a pas assez de personnel qualifié pour répondre aux besoins spécifiques des économies en expansion du continent, » déclare Elijah Lithiko, PDG d’IPM South Africa, organisme sud-africain chargé des ressources humaines.

Malgré la création de 37 millions de nouveaux emplois salariés stables au cours de la dernière décennie, seuls 28 % de la main-d’œuvre africaine occupent de tels postes. En revanche, quelque 63 % de la population active totale exerce une forme d’activité indépendante ou d’emploi « précaire, » comme l’agriculture de subsistance ou le colportage en milieu urbain.

Entre une économie en croissance et un manque de travailleurs qualifiés, s’ouvre une fenêtre d’opportunité unique au continent. Pour Jean Booh, directeur des ressources humaines chez Alucam au Cameroun, l’avantage pour les expatriés de travailler en Afrique, « c’est qu’un jour ils pourront sortir de l’anonymat. En Europe, même si le jeune est bon, il restera toujours dans l’ombre, alors qu’en Afrique, il pourra un jour espérer devenir directeur. » Voilà une constatation optimiste qui sonne comme un pari sur l’avenir.

Pour réussir en Afrique, il faut mettre l’accent sur les compétences, l’auto-marketing et le goût de l’innovation.

Conseil n°1: Actualiser ses compétences en fonction de ces secteurs en plein essor

Les entreprises africaines sont très demandeuses de main-d’œuvre qualifiée. Le document « Future of Jobs and Skills in Africa » préparé par le FME pour 2017 a révélé que les employeurs africains reconnaissent déjà que la main-d’œuvre insuffisamment qualifiée constitue un obstacle majeur à leurs activités. C’est le cas de 41 % des entreprises en Tanzanie, 30 % au Kenya, 9 % en Afrique du Sud et 6 % au Nigeria. Souvent, cette instabilité des compétences provient du fait que de nombreux emplois sur le continent utilisent de plus en plus les technologies numériques.

En Afrique du Sud, l’intensité moyenne des emplois en TIC a grimpé de 26 % au cours de la dernière décennie. Au Ghana et au Kenya, 6,7 % et 18,4 % respectivement de tous les emplois du secteur formel se trouvent dans des professions à forte intensité en TIC. Face à cet immense besoin de ressources humaines, un seul maître mot: la formation.

Un effort considérable est fait par les pays africains pour fournir aux étudiants locaux le cadre et les moyens d’une mise à niveau essentielle des compétences. La priorité est désormais donnée aux domaines scientifiques et technologiques. Les objectifs visés sont de former la relève de chercheurs et d’ingénieurs susceptibles de gagner rapidement les rangs de la nouvelle « classe dirigeante » africaine.

Face à l’évolution rapide du marché, ces jeunes cadres ambitieux ont de grandes opportunités à saisir. « Aujourd’hui, nous recherchons notamment des spécialistes en droit des affaires et des sociétés, ou des juristes attachés à un cabinet d’avocats, » explique à Jeune Afrique Mohamed Ikbal, responsable d’AfricSearch, un cabinet de recrutement français présent en Afrique. Mais la demande reste également très forte dans le domaine financier et logistique, pour tout ce qui touche à la gestion des achats et des ventes.

Parmi les professions actuellement en vogue sur le continent figurent aussi les industries créatives, les technologues alimentaires, les concepteurs 3D, les travailleurs des centres de données et les travailleurs du secteur des soins, de l’éducation et de la santé. À plus long terme, il existe un fort potentiel de croissance de l’emploi dans les infrastructures matérielles et immatérielles, les emplois verts, le secteur des TIC et les nouvelles formes de travail.

Conseil n° 2: Faire bonne figure dans le CV, l’e-mail de candidature et l’entretien

Un CV doit être précis, concis et clair. Le CV type est généralement décliné en cinq éléments, à savoir l’état civil, la formation, l’expérience professionnelle, les langues et l’informatique, et les centres d’intérêt.

Vous devez donner une idée précise de vos expériences, de vos qualifications et vos points forts. La description de votre parcours doit être adaptée au poste visé. Évitez les formulations vagues et les nombreuses abréviations sans aucune explication. Surtout lorsque vous êtes un débutant, une seule page fera l’affaire. N’abusez pas des polices de caractères, des soulignements, et des caractères gras.

Un détail qui importe ici est de ne pas envoyer un CV non actualisé. Enfin, il ne faut pas inclure les prétentions salariales au risque d’être mal vu par le recruteur. Le mail contenant votre CV doit être rédigé dans les règles de l’art. C’est en le consultant que le recruteur aura sa première impression sur votre candidature. Sa lecture lui permettra de décider d’ouvrir ou non votre CV.

Le recruteur est pressé, il veut, à travers le contenu de l’e-mail, déterminer la pertinence de votre profil. Ce mail remplace de plus en plus souvent la lettre de motivation. Chaque e-mail joignant le CV ne doit pas dépasser 20 lignes en caractères lisibles. Il devra démontrer que vous comprenez la demande de l’entreprise et que vous êtes en mesure d’y répondre.

Votre objectif est de décrocher un entretien. Vous devez convaincre une personne bien pressée de vous recevoir. Concentrez votre e-mail sur ce que veut le recruteur; prouvez que vous avez les connaissances, les compétences et les aptitudes recherchées. Si vous ne savez pas l’identité du recruteur, utilisez « Monsieur, Madame. » Si vous connaissez le nom, utilisez « M. » ou « Mme. » En anglais, utilisez « Hello, » dans le premier cas et « Dear, » dans le second. Terminez par « Bien cordialement, » ou « Thank you » en anglais.

Le jour de l’entretien, conseille le site Afri-emploi, il faut garder à l’esprit l’objectif du recruteur. Celui-ci est là pour déterminer rapidement et précisément si vous avez les connaissances, les compétences et les attitudes utiles pour le poste.

Ce que vous dites et la manière dont vous le dites sont décisifs. Vous disposez en moyenne de 20 minutes pour convaincre. Vous devez vous concentrer sur les attentes du recruteur. Il est là pour sélectionner le professionnel le plus adapté au poste, à l’équipe de travail et à l’entreprise.

La plupart du temps, il commencera par vous inviter à vous présenter. Votre présentation doit se faire en 5 phrases au plus. Mieux vaut qu’il vous interroge pour en savoir plus, plutôt que de s’ennuyer.

Après vous avoir présentécoutez les explications du recruteur sur l’étendue du poste et le contexte de l’entreprise. Vous devez être informé sur l’entreprise avant de vous présenter à l’entretien. Cela vous permettra d’interagir avec le recruteur. Enfin, il entamera les questions pratiques afin de déterminer si le professionnel motivé par son entreprise possède également les compétences voulues.

Conseil n° 3: Apprendre sur la culture mais innover pour conserver sa place

Dans un contexte de plus en plus internationalisé, un bon diplôme, aussi bon soit-il, ne suffit plus. La connaissance de l’autre est essentielle, aux yeux d’Indira Moudi, directrice du recrutement du service technique de Schlumberger pour l’Afrique. « Un Camerounais qui travaille pour nous dans son pays devra non seulement bien connaître son environnement, mais aussi être capable de s’adapter à ses interlocuteurs francophones, ou anglophones, selon les compagnies pétrolières. »

Compte tenu de la vague d’investissements chinois et de ses ressortissants, la langue mandarine devient de plus en plus un atout indéniable. Au-delà de la langue, c’est l’adaptation culturelle qui est un enjeu majeur, explique Moudi. La chance d’être formé à l’étranger permet d’acquérir une certaine ouverture d’esprit. Mais ce qui est le plus important, c’est de « bouger, » même si l’on reste dans son propre pays, on doit toujours faire face à de nouveaux défis.

Des grands cabinets de conseil qui, pendant longtemps, n’ont embauché que des jeunes formés en Europe ou aux Etats-Unis, pour quatre ou cinq ans, s’intéressent aux profils africains, selon Aboubacar Sédikh Sy, directeur de Sup de Co Dakar. « Ils ont une meilleure connaissance de l’environnement, car ils sont formés par des experts qui sont en contact direct avec les réalités du terrain. »

Aujourd’hui, la majorité des DRH en Afrique prônent l’ouverture comme l’une des clés essentielles pour faire carrière sur le continent, selon une enquête de Jeune Afrique. Mais il faut encore trouver les moyens d’y aboutir. Ce que les employeurs recherchent chez leurs employés, selon l’auteur de « I Want to Work in… Africa, » Frances Mensah Williams, ce sont les « trois E. » C’est à-dire l’expérience, l’exposition et l’excellence. Par contre, les employeurs ont une perception négative des « trois U, » à savoir « uncommitted, » « unrealistic » et « uninformed, » autrement dit, le manque d’engagement, de réalisme et d’information. Les entreprises investissent dans leur processus de recrutement et sont réticentes à recruter des personnes ayant l’air de ne pas pouvoir s’adapter.

Pour Booh, l’exigence d’excellence académique doit se conjuguer avec la nécessité impérative de recruter des profils de choix. Il importe donc par-dessus tout « d’être innovant et de savoir faire ressortir ses talents cachés. » Autant dire que le parcours n’a pas grande chose à voir et que ce qui compte avant tout, ce sont les qualités d’adaptation et le sérieux du candidat.

En Afrique, comme ailleurs, l’avenir du travail sera marqué par le duel entre l’automatisation et l’innovation. On prédit qu’au Nigeria, 46% des activités professionnelles seront exposées à l’automatisation, 44% en Ethiopie, 52% au Kenya et 41% en Afrique du Sud. Ce changement sera toutefois atténué par le coût relativement faible de la main-d’œuvre et compensé par la création de nouveaux emplois. Alors que l’automatisation entraîne un déclin de l’emploi dans les anciens secteurs, l’innovation rend possible la création de nouveaux secteurs ou de nouvelles branches d’activité.

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