Le marché de l'intérim au Maroc

Le marché du travail en intérim au Maroc

Le jeune auto-stoppeur Amine Nahal se rappelle bien le jour où il avait cherché du travail en intérim pour gagner un peu d’argent. « Lors de mon voyage à Hoceima, j’ai demandé à travailler pendant trois jours dans un atelier de peinture et en tant que marin dans le port de Safi. Je suis récemment devenu magicien et j’ai fait des expositions pour divertir les gens » a-t-il confié à Morocco World News. Amine, qui est diplômé d’un institut technique de Salé, n’avait pas d’autre choix que de travailler en tant qu’intérimaire pour gagner de quoi vivoter pendant son voyage.

Les raisons pour lesquelles les gens cherchent un travail intérimaire sont légion. Certains cherchent à tirer profit de leur formation au lieu de rester au chômage. D’autres veulent multiplier les missions pour étoffer leur expérience et accroître leur employabilité pour un poste déterminé. Pour d’autres, l’intérim est un moyen de se former en continu grâce à la diversité des projets et des entreprises.

Les entreprises recourent à l’intérim en cas de surcharge de travail, d’absence d’un salarié de l’entreprise ou de travail saisonnier, comme le prévoit la loi.

Le travail intérimaire en termes juridiques

Pour qu’un travail intérimaire soit régulier, un contrat écrit, appelé contrat de travail intérimaire, est conclu entre la société de travail intérimaire et le travailleur temporaire. De plus, un contrat écrit, appelé contrat de mise à disposition, est conclu entre l’utilisateur et la société de travail intérimaire pour l’utilisation de chaque travailleur temporaire.

Les situations permettant le recours au travail intérimaire sont définies par le code du travail de manière extensive. Il en est ainsi en cas de remplacement d’un salarié pendant son absence ou de suspension de son contrat de travail, d’augmentation temporaire de l’activité de l’entreprise, d’exécution de travaux saisonniers ou de travaux pour lesquels, de part la nature du travail, il est d’usage de ne pas conclure de CDI.

Le contrat de travail intérimaire, qui doit être établi par écrit et qui lie une société de travail intérimaire à un travailleur intérimaire qu’elle met à la disposition d’un utilisateur, définit les qualifications du travailleur intérimaire, le salaire et les conditions de paiement, la période d’essai et les caractéristiques du poste à occuper.

En vue de superviser la conformité du travail temporaire et de clarifier les responsabilités dans la relation triangulaire du travail temporaire et de normaliser les pratiques, la Fédération Nationale des Entreprises de Travail Temporaire a été formée en 2008, aussi dans le but d’établir un standard‖ d’or pour les entreprises de travail en intérim.

Cependant, le travail intérimaire, florissant d’ailleurs, n’est pas bien réglementé car les lois ne sont pas toujours observées.

L’état du marché de l’intérim

Quant au marché marocain du travail temporaire, il a été évalué à plus de 3 milliards de dirhams avec un taux de croissance annuel d’environ 10%. Chaque jour, 200.000 salariés marocains travaillent sous contrat d’intérim. En 2011, le travail temporaire ou saisonnier représentait 6,6 % de la population active, selon F. Boukhriss dans le document « Informal Labor : Morocco. »

En plus de la proportion de sous-emploi et du désir de changer d’emploi, le pourcentage de travail temporaire ou saisonnier et la pratique d’une activité secondaire sont révélateurs de conditions d’emploi insatisfaisantes, selon Boukhriss. Qu’ils soient très instruits ou non, les travailleurs temporaires au Maroc sont plus mobiles, ouverts à différents contrats de travail et plus aptes à se déplacer entre les secteurs que les travailleurs permanents ou les sans-emploi (N. Bottini et al., 2009).

Les travailleurs permanents totalisent environ 80 % de l’emploi total dans la plupart des secteurs au Maroc. En revanche, dans certains secteurs comme le tourisme, les travailleurs temporaires composent au moins 50 % de la main-d’œuvre. Les récentes politiques de libéralisation économique et de privatisation génèrent davantage d’emplois temporaires, en particulier dans les entreprises exportatrices qui embauchent généralement plus de femmes et disposent d’une main-d’œuvre flexible.

À titre d’exemple, des milliers de femmes se rendent chaque année en Espagne pour y travailler à titre temporaire. Conformément à un accord bilatéral entre les deux pays, les travailleuses marocaines peuvent recevoir des visas temporaires pour des emplois saisonniers dans les champs de fraises espagnols. Les femmes décrochent ces emplois par l’intermédiaire de centres d’emploi qui leur promettent un bon salaire, un logement confortable et des soins de santé. Près de 20 000 travailleuses marocaines se rendent désormais chaque année à Huelva en Espagne pour y effectuer des travaux saisonniers de cueillette de fruits, aux termes d’un accord bilatéral conclu en 2001 avec l’Espagne.

Mais quelques entreprises se passent généralement de travailleurs intérimaires. Une étude, publiée par L’Economiste, a noté que 20,74 % des entreprises n’ont jamais recours à des travailleurs temporaires. Parmi ces établissements, 75,57% n’ont pas recours à l’intérim pour des raisons de stratégie et de culture et 23,81% pour des raisons de coût. Pour ceux qui pratiquent cette formule de travail, ils se disent généralement satisfaits (86%) contre 14% d’insatisfaits.

Secteur historiquement si fragmenté, le travail en intérim se voit aujourd’hui interpellé par la numérisation du recrutement via les réseaux sociaux professionnels, les plateformes ou encore les salons de recrutement virtuels qui laissent émerger de nouveaux entrants numériques portés par le vent de l’innovation mêlant big data, intelligence artificielle et matching automation.

La fragmentation de l’emploi pour répondre aux contraintes du marché se fait aussi sentir dans le souci d’agilité et de flexibilité. Ainsi se développe ce nouveau modèle, avec ses avantages et ses inconvénients.

Dès lors, le défi pour les entreprises de travail temporaire est d’offrir une offre attrayante comprenant plus de protection et d’accès à la formation pour les travailleurs et des outils numériques pour une meilleure communication avec les clients.

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